Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/408

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Que je te dise des tendresses, me demandes-tu. Je ne t’en dis pas, mais j’en pense. Chaque fois que ta pensée me vient à l'esprit, elle est accompagnée de douceur.

Mes voyages à Paris, qui n’ont plus que toi pour attrait, sont dans ma vie comme des oasis où je vais boire et secouer sur tes genoux la poussiere de mon travail. En ma pensee, ils chatoient dans le lointain, baignés d’une lumière joyeuse. Si je ne les renouvelle pas plus souvent, c est par sagesse et [parce] qu’ils me dérangent trop. Mais prends patience; tu m’auras plus tard plus longuement.

Dans un an ou 18 mois, je prendrai un logement à Paris. j'irai plus souvent et dans l’année y passerai plusieurs mois de suite. Quant à present, j’irai quand ma premiere partie sera finie, je ne sais quand, pas avant un îand mois; fy passerai huit jours. Nous serons eureux, tu verras. Et puis, comment ne t’aimerais—je pas, pauvre chere femme ? Tu m’aimes tant, toi ! Ton amour est si bon, si aveugle ! Tu me dis des choses si flatteuses! ' et qui ne sont pas pour me flatter cependant. Si c’est la verité qui parle en toi, si plus tard les autres reconnaissent ce- que tu y trouves, ]e·me souviendrai de tes prédictions avec orgueil. S1 au contraire je reste dans l’ombre, et bien tu auras été un grand rayon dans ce cachot, un hymne dans cette solitude.

Loin de toi, je suis ta vie, va; je la devine, je la vois et fentends souvent, dans mon oreille, le bruit de tes pas sur ton parquet.

D'ici je regarde maintenant ta tête penchée sur ta petite table ronde ou tu ecris; et ta lampe qui brûle. Henriette te parle à travers la cloison. Je