Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/420

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4i`4 CORRESPONDANCE I gulierement favorisé ce penchant dans la gent ' ecrivante. La médiocrité s’assouvit à cette petite N ' nourriture quotidienne qui, sous des apparences " sérieuses, cache le vide. II est bien plus facile de discuter que ·de comprendre, et de bavarder art, idée du beau , idéal, etc., que de faire le moindre sonnet ou la plus simple phrase. J'ai eu envie sou-· ` vent de m’en mêler aussi et de faire d’un seul coup un livre sur tout cela. Ce sera pour ma vieil- lesse, quand mon encrier sera sec. Quel crâne ouvrage, et original, il y aurait à écrire sous ce titre : « De l’interprétation de l’antiquité»l· Ce · serait l’oeuvre de toute une vie. Et puis à quoi bon? De la musique! De la musique plutôt! Tour- _ nons au rythme, balançons-nous dans les périodes, descendons plus avant dans les caves du cœur. i ». Cette manie du rabaissement, dont je parle, est rofondément française, pays de légalité et de liantiliberté. Car on déteste la liberté dans notre chere patrie._l..’idéal de l’Etat, selon les socialistes, n’est-il pas une espèce de vaste monstre, absorbant en lui toute action individuelle, toute person- nalité, toute pensée, et qui dirigera tout, fera tout? Une tyrannie sacerdotale est au fond de ces cœurs étroits: « ll Faut tout régler, tout refaire, recon- stituer sur d’autres bases », etc. Il n’est pas de sot- · tises ni de vices qui ne trouve (sic) son compte a ces _ rêves. Je trouve que l’homme maintenant est plus Fanatique que jamais, mais de lui. ll ne chante V autre chose et, dans cette pensée qui saute par-

  • dela les soleils, dévore l'espace et bêle apres l’inHni, A

— commedirait Montaigne, il ne trouve rien de plus grand que cette misère même de la vie dont elle tâche sans cesse de se dégager. Ainsi la France,