Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/469

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DE GUSTAVE FLAUBERT. 46; Farceurs! farceursl et triples saltimbanquesl qui _ font le saut du tremplin sur leur propre cœur pour atteindre a quelque chose. · J’ai eu, aussi, moi, mon époque nerveuse, mon époque sentimentale, et ien porte encore, comme un galérien, la marque au cou. Avec ma main ` brûlée fai le droit maintenant d’écrire des phrases sur la nature du feu. Tu m’as connu comme cette . période venait de se clore, et arrivé a l’âge d’l1omme. Mais avant, autrefois, j'ai cru ai la realite - de la poésiedans la vie, a la beauté plasti ue des ' passions, etc. J’avais une admiration égale pour J tous les tapages; j’en ai été assourdi et je les ai J distingués. ‘ J’aurais pu (aimer d’une façon plus agréable pour toi, me prendre à ta surface et y rester. C’est ongtemps [ce] que tu as voulu. Eh bien non , j’ai été au fond. Je n’ai pas admiré ce que tu montrais, ce que tout le monde (pouvait voir, ce quiébahissait le public. J’ai été au elà et j’y ai découvert des tré- sors. Un homme que tu aurais séduit et dominé- a ne savourerait pas, comme moi, ton cœur aimant jusqu’en ses plus petits angles. Ce que je sens pour I toi n’est pas un fruit d’été, ai peau lisse, qui tombe de la branche au moindre souffle et épate sur l’l1erbe son jus vermeil. Il tient au tronc , à l’écorce dure comme un coco, ou garnie de pi uants comme les figues de Barbarie. Cela vous (blesse les _ doigts, mais contient du lait. Quel beau temps, Louise, comme le soleil brille! Tous mes volets sont fermés; je t’écris dans l’ombre. Voila _ deux ou trois bien belles nuits. Quels clairs de lune! Je me sens en bon état physique et moral et ïespere que ma Bovary va reprendre un peu.