Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/166

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1 60 CORRESPONDANCE a croire que "ai fait Fausse route dans la vie, mais étais-je libre de choisir? Heureux les bourgeois! Et cependant je ne voudrais pas en être un. Cest l’his- toire du bon Brahmine dans les contes de Voltaire. Tant mieux si la Littérature anglaise de Taine vous intéresse. Son ouvrage est élevé et solide, bien que j’en blâme le point de départ. ll y a autre chose dans l'Art que le milieu ou il s’exerce et les antécédents physiologiques de l'ouvrier. Avec ce systeme-la, on explique la série, le groupe, mais jamais Yindividualité, le fait spécial qui fait qu’on est celui-là. Cette méthode amene forcément a ne faire aucun cas du talent. Le chefïd'oeuvre n'a plus _ de signification que comme document historique. Voilà radicalement l'inverse de la vieille critique de La Harpe. Autrefois, on croyait ue la littera- ture était une chose toute personnellie et que les œuvres tombaient du ciel comme des aérolithes. Maintenant, on nie toute volonté, tout absolu. La vérité est, je crois, dans l’entre-deux. Soz. À MICHELET. Croisset près Rouen, mardi soir [novembre 1864.]. V lVloN ci-mn MAîTRE, L’exemplaire de votre Bible que vous m’avez destiné, m'est parvenu ce matin seulement. Voilà pourquoi mes remerciements sont tardifs. J e viens de lire, cl'un seul coup, en dix heures, ce merveilleux livre. .l’en suis écrasé. Je crois cependant en saisir l’ensemble nettement. Quelle envergure! Quel cercle!