Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/185

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DE GUSTAvE FLAUBERT. 179 bonnes pages. l..’Art ne doit pas faire joujou, bien que je sois partisan aussi entiché de la doctrine de l'art pour l’art, comprise a ma maniére (bien entendu). Ainsi, dans Viauve, tous les caractères et les des- criptions sont hors ligne, et cependant on ne croit pas a l’histoire, parce que les événements ne dérivent pas fatalement des caractéres. Je m'ex- plique : on ne comprend pas pourquoi M’”° Lebrun ne veut pas se marier avec Donatien. Parce qu’elle a fait un voeu? Mais la raison du vœu n’est pas motivée! Elle n’aimait pas assez son mari, d'une part, et de l'autre elle n’est pas assez dévote. Puisque vous avez présenté le médecin comme un philo- sophe, il fallait faire de votre veuve une mystique. La mort cle celle-ci ne me paraît pas la consé- quence naturelle de sa passion, pas plus que celle u bourgeois qui imite Jacques; lequel Jacques est un personnage de fantaisie, entre nous. Pour- quoi aussi votre curé change-t-il d’aspect·sans raison? Nous sommes habitués ai voir un grotes- que; puis, tout a coup, une espéce de saint nous apparaît. Je vous demande franchement si cela est ordinaire dans la vie? Or le roman, qui en est la forme scientifique, doit procéder par généralités et être plus logique que le hasard des choses. Bref, vous avez voulu donner une fin cbrétienne ai un livre commencé impartialement. De Ià les disparates! Suis-je un pion assez sévère, hein? - « Sévére,'mais juste », si bien que ie trouve la déclaration d°amour de Donatien un simple chef- d’œuvre. Cette page-la écrase, comme valeur et I2.