Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/190

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1 84 CORRESPONDANCE 821. À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPLE. [Croissct, S octobre 1865.] Je suis bien aise d'apprendre, chere Demoi- selle, qu’il y a enfin une trêve dans vos souffran- ces. Comme vous avez bien fait cl'abandonner la confession, puisque vous ne pouviez plus la sup- porterl A quelque point de vue que l’on se place, · vous etes parfaitement innocente. J’approuve beaucoup votre proiet de travail. Rien n’est sain comme l'érudition; il n’en est pas de même de la métaphysique et de l'Art, matieres plus hautes et ou l'on navigue toujours un peu dans la folie. Afin de me distraire, je me suis plongé dans un travail forcené. Jamais je ne me suis donné de mal comme depuis deux mois et j'espere, vers le jour de l'an, étre arrivé à la fin de la premiere partie de mon roman. Comme je suis tout entier ai cet ouvrage, qui est long et difficile, je ne puis vous parler de ce qui se publie maintenant, car je ne lis absolument rien. Vous me parlez de la solitude intellectuelle où vous vivezl Moi aussi je connais cela! Je passe de longs mois aussi seul qu°au milieu du désert, et ne croyez pas qu’à Paris même les gens sym- pathiques foisonnent. Vous êtes pour moi, chere Demoiselle, du petit noyau des intimes et je fais, non pour votre bon- heur, chose impossible ici-bas, mais our votre tranquillité tous les souhaits possibles. Allons, tra- vaillez bien votre Anjou. Faites-nous un bon livre et pensez a moi quelquefois, car je suis le vôtre,