Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/256

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z 5 0 CORRESPONDANCE sera. Vous ne savez pas, vous, ce que c'est que de rester toute une journée la tête dans ses deux mains à pressurer sa malheureuse cervelle pour trouver un mot. L’idée coule chez vous large- ment, incessamment, comme un fleuve. Chez moi, c'est un mince filet d’eau. II me faut de grands travaux d’art avant d’obtenir une cascade Ahl je les aurai connues, les qûrres du style! Bref, je passe ma vie ai me ronger le cœur et la cervelle; voila le vrai fmd de votre ami. Vous lui demandez s'il pense quelquefois à « son vieux troubadour de pendule », mais je crois bienl Et il le regrette. Cétait bien gentil, nos causeries nocturnes (il y avait des moments où je me retenais pour ne pas vous bëcotcr comme un gros enfant). Les oreilles ont dû vous corner hier soir. J e dînais chez mon frère avec toute la famille. ll n'a guère été question que de vous, et tout le monde chantait vos louan es, si ce n'est moi, bien entendu, qui vous ai débinée le plus possible, chère maître bien-aimée. .l'ai relu, a propos de votre dernière lettre (et par une filière d’idées toute naturelle), le chapitre du père Montaigne intitulé « quelques vers de Vir- gile». (Pe qu'.il dit de la chasteté est précisément ce gue IC crois. . I 4 ’est l'efi`ort qui est beau et non l'abst1nence en soi. Autrement il faudrait maudire la chair, comme les catholiques. Dieu sait ou cela mènel Donc, au risque de rabâcher et d'être utf Prud'homme, je répète que votre jeune homme a tort. S'il est con- tinent a vinlgt ans, ce sera un ignoble paillard a cinquante. out se paye! Les grandes natures, qui sont les bonnes, sont avant tout prodigués et n'y