Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 5.djvu/284

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27 8 CORRESPONDANCE actrice et poseusc; les femmes perdues sont plus naïves. Quel intérêt a-t-elle a faire le monstre? ll me semble que la vérité (probable) et la mora- lité du livre y auraient gagné, si elle eût fini par aimer Herman, juste au moment où celui-ci s’en fût dégoûté! Du reste, elle a de beaux mouve- ments d’él0quence. Mais on se demande : est-ce vrai? tandis que l’on croit, comme si on les avait ~ reçues soi-même, aux lx perboles orientales de Pipinna,·parce qu'elle est llumaine. J e crois, enfin , qu’a un certain moment l’auteur a voulu montrer son esprit et a perdu de vue ses personnages, si bien plantés tout d’abord. Cela commençait comme un grand roman, puis a tourné a la nou- velle. Je blâme le rêve (page 42) comme ponci£ L’auteur ne s'aperçoit pas non plus parfois qu’il âte ce qu'il vient de faire. Ainsi (page 23 ) , entre deux paragraphes excellents, il intercale une naï- veté qui détruit son effet : « Comme pour obéir a la grande loi du contraste. » Puisque vous me montrez le contraste, vous n’avez pas besoin de me le dire. Il v a (rarement il est vrai) des métaphores fausses, mais il y en a; ` ainsi dans Un purgatoire en sol diêze, qui est un petit conte du meilleur goût : « Je fus frappé de 'extrême douceur ». Une douceur ne frappe pas. Ah! je suis un pédantl je sais bien. Mais quand on a de jolies mains, on doit les soigner. Or M. de Nlaricourt a non seulement une main d’artiste très bien faite et exercée, mais il ale biceps saillant, ce qui vaut mieux. Son livre a des parties éner- giques et viriles. On y sent ce qui est la première es choses : une individualité. J’aurais encore