Page:Flaubert - Madame Bovary, Conard, 1910.djvu/552

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OPINION DE LA PRESSE
SUR
MADAME BOVARY.


À titre de curiosité, nous donnons quelques extraits des principaux articles consacrés à Madame Bovary, lors de sa publication.

Le Moniteur universel (M. Sainte-Beuve).

Voir cet article dans les Causeries du Lundi, t. XIII.

Nous en citons cette phrase : « Madame Bovary est un livre avant tout, un livre composé, médité, où tout se tient, où rien n’est laissé au hasard de la plume et dans lequel l’auteur, ou mieux l’artiste, a fait d’un bout à l’autre ce qu’il a voulu. »

Journal des Débats, 26 mai 1857 (M. Cuvillier-Fleury).

Il est difficile de savoir où va le roman français par le temps qui court. Ce qui est certain, c’est qu’il ne va guère. On écrit beaucoup, et il n’est guère de journal ou de recueil périodique qui ne donne son roman au public ; le public lit tous les romans qu’on lui donne. Quelqu’un me disait un jour, voulant caractériser ce genre de progrès qui est particulier à notre époque : « La pyramide s’abaisse, mais elle s’élargit par la base. » Cela est vrai : elle s’élargit tellement que tout y rentre. Tout le monde écrit et sait écrire.

… Les romanciers qui ont fait tant parler d’eux en France, sous le gouvernement de Juillet, n’étaient pas tous des écrivains supérieurs. Il fallait pourvoir à une immense consommation et satisfaire un appétit de lecture insatiable. On allait au plus pressé. Presque tous pourtant avaient leur cachet… Ils se ressemblaient par la facilité, non par la monotonie. Ils avaient des procédés analogues et des talents divers. Le roman régnait alors. Il parlait en maître. Il traitait avec la société de puissance à puissance, lui infligeait son blâme, la menaçait de ses théories, ne se refusait pas même la perspective d’une révolution… Il a fait beaucoup de mal ; il participait pourtant à cette vitalité des époques libres où le mal lui-même est sans cesse corrigé par la discussion et trouve son remède dans le salutaire mouvement donné aux esprits. L’apathie des intelligences est le plus grand auxiliaire de la corruption des âmes. Après tout il est absurde de croire qu’une