Page:Flaubert - Salammbô.djvu/106

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s’appuyait en défaillant contre les coussins du lit.

— Je t’aime ! criait Mâtho.

Elle balbutia :

— Donne-le ! Et ils se rapprochaient.

Elle s’avançait toujours, vêtue de sa simarre blanche qui traînait, avec ses grands yeux attachés sur le voile.

Mâtho la contemplait, ébloui par les splendeurs de sa tête, et tendant vers elle le zaïmph, il allait l’envelopper dans une étreinte. Elle écartait les bras. Tout à coup elle s’arrêta, et ils restèrent béants à se regarder.

Sans comprendre ce qu’il sollicitait, une horreur la saisit. Ses sourcils minces remontèrent, ses lèvres s’ouvraient ; elle tremblait. Enfin, elle frappa dans une des patères d’airain qui pendaient aux coins du matelas rouge, en criant :

— Au secours ! au secours ! Arrière, sacrilège ! infâme ! maudit ! À moi, Taanach, Kroûm, Ewa, Micipsa, Schaoûl !

Et la figure de Spendius effarée, apparaissant dans la muraille entre les buires d’argile, jeta ces mots :

— Fuis donc ! ils accourent !

Un grand tumulte monta en ébranlant les escaliers et un flot de monde, des femmes, des valets, des esclaves, s’élancèrent dans la chambre avec des épieux, des casse-tête, des coutelas, des poignards. Ils furent comme paralysés d’indignation en apercevant un homme ; les servantes poussaient le hurlement des funérailles, et les eunuques pâlissaient sous leur peau noire.

Mâtho se tenait derrière les balustres. Avec le