Page:Flaubert - Salammbô.djvu/183

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— Qu’ai-je à faire de ces vieux ? dit-il ; vends-les ! C’est trop de Gaulois, ils sont ivrognes ! et trop de Crétois, ils sont menteurs ! Achète-moi des Cappadociens, des Asiatiques et des Nègres.

Il s’étonna du petit nombre des enfants.

— Chaque année, Giddenem, la maison doit avoir des naissances ! Tu laisseras toutes les nuits les cases ouvertes pour qu’ils se mêlent en liberté.

Il se fit montrer ensuite les voleurs, les paresseux, les mutins. Il distribuait des châtiments avec des reproches à Giddenem ; et Giddenem, comme un taureau, baissait son front bas, où s’entrecroisaient deux larges sourcils.

— Tiens, Œil de Baal, dit-il, en désignant un Libyen robuste, en voilà un que l’on a surpris la corde au cou.

— Ah ! tu veux mourir ? fit dédaigneusement le Suffète.

Et l’esclave, d’un ton intrépide :

— Oui !

Alors, sans se soucier de l’exemple ni du dommage pécuniaire, Hamilcar dit aux valets :

— Emportez-le !

Peut-être y avait-il dans sa pensée l’intention d’un sacrifice. C’était un malheur qu’il s’infligeait afin d’en prévenir de plus terribles.

Giddenem avait caché les mutilés derrière les autres. Hamilcar les aperçut :

— Qui t’a coupé le bras, à toi ?

— Les soldats, Œil de Baal.

Puis, à un Samnite qui chancelait comme un héron blessé :

— Et toi, qui t’a fait cela ?