Page:Flaubert - Salammbô.djvu/186

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Hamilcar, avant de partir, avait exigé d’Abdalonim le serment qu’il les surveillerait. Mais ils étaient morts de leurs mutilations ; et trois seulement restaient, couchés au milieu de la cour, sur la poussière, devant les débris de leur mangeoire.

Ils le reconnurent et vinrent à lui.

L’un avait les oreilles horriblement fendues, l’autre au genou une large plaie, et le troisième la trompe coupée.

Cependant, ils le regardaient d’un air triste, comme des personnes raisonnables ; et celui qui n’avait plus de trompe, en baissant sa tête énorme et pliant les jarrets, tâchait de le flatter doucement avec l’extrémité hideuse de son moignon.

A cette caresse de l’animal, deux larmes lui jaillirent des yeux. Il bondit sur Abdalonim.

— Ah ! misérable ! la croix ! la croix !

Abdalonim, s’évanouissant, tomba par terre à la renverse.

Derrière les fabriques de pourpre, dont les lentes fumées bleues montaient dans le ciel, un aboiement de chacal retentit ; Hamilcar s’arrêta.

La pensée de son fils, comme l’attouchement d’un dieu, l’avait tout à coup calmé. C’était un prolongement de sa force, une continuation indéfinie de sa personne qu’il entrevoyait, et les esclaves ne comprenaient pas d’où lui était venu cet apaisement.

En se dirigeant vers les fabriques de pourpre, il passa devant l’ergastule, longue maison de pierre noire bâtie dans une fosse carrée avec un petit chemin tout autour et quatre escaliers aux angles.

Pour achever son signal, Iddibal sans doute