Page:Flaubert - Salammbô.djvu/329

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Cependant un homme en robe blanche se promenait au bord du rempart, impassible et indifférent à la mort qui l’entourait. Parfois il étendait sa main droite contre ses yeux pour découvrir quelqu’un. Mâtho vint à passer sous lui. Tout à coup ses prunelles flamboyèrent, sa face livide se crispa ; et en levant ses deux bras maigres il lui criait des injures.

Mâtho ne les entendit pas ; mais il sentit entrer dans son cœur un regard si cruel et furieux qu’il en poussa un rugissement. Il lança vers lui la longue hache ; des gens se jetèrent sur Schahabarim ; et Mâtho, ne le voyant plus, tomba à la renverse, épuisé.

Un craquement épouvantable se rapprochait, mêlé au rythme de voix rauques qui chantaient en cadence.

C’était la grande hélépole, entourée par une foule de soldats. Ils la tiraient à deux mains, halaient avec des cordes et poussaient de l’épaule, car le talus, montant de la plaine sur la terre, bien qu’il fût extrêmement doux, se trouvait impraticable pour des machines d’un poids prodigieux. Elle avait cependant huit roues cerclées de fer, et depuis le matin elle avançait ainsi, lentement, pareille à une montagne qui se fût élevée sur une autre. Puis il sortit de sa base un immense bélier ; le long des trois faces regardant la ville les portes s’abattirent, et dans l’intérieur apparurent, comme des colonnes de fer, des soldats cuirassés. On en voyait qui grimpaient et descendaient les deux escaliers traversant ses étages. Quelques-uns attendaient pour s’élancer que les crampons des portes touchassent le mur ; au milieu de la plate-forme supérieure, les