Page:Flaubert - Salammbô.djvu/393

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Narr’Havas doutait de la fidélité de ses Numides. D’ailleurs les Barbares pouvaient les vaincre. Une faiblesse étrange l’avait pris ; à chaque moment, il buvait de larges coupes d’eau.

Mais un homme qu’il ne connaissait pas ouvrit sa tente, et déposa par terre une couronne de sel gemme, ornée de dessins hiératiques faits avec du soufre et des losanges de nacre ; on envoyait quelquefois au fiancé sa couronne de mariage : c’était une preuve d’amour, une sorte d’invitation.

Cependant la fille d’Hamilcar n’avait point de tendresse pour Narr’Havas.

Le souvenir de Mâtho la gênait d’une façon intolérable ; il lui semblait que la mort de cet homme débarrasserait sa pensée, comme, pour se guérir de la blessure des vipères, on les écrase sur la plaie. Le roi des Numides était dans sa dépendance ; il attendait impatiemment les noces, et comme elles devaient suivre la victoire, Salammbô lui faisait ce présent afin d’exciter son courage. Alors ses angoisses disparurent, et il ne songea plus qu’au bonheur de posséder une femme si belle.

La même vision avait assailli Mâtho ; mais il la rejeta tout de suite, et son amour, qu’il refoulait, se répandit sur ses compagnons d’armes. Il les chérissait comme des portions de sa propre personne, de sa haine, et il se sentait l’esprit plus haut, les bras plus forts ; tout ce qu’il fallait exécuter lui apparut nettement. Si parfois des soupirs lui échappaient, c’est qu’il pensait à Spendius.

Il rangea les Barbares sur six rangs égaux. Au milieu, il établit les Étrusques, tous attachés par