Page:Flaubert - Salammbô.djvu/466

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Du Camp. « Je m’occupe, avant de m’en retourner à la campagne (Croisset), d’un travail archéologique sur une des époques les plus inconnues de l’antiquité, travail qui est la préparation d’un autre. Je vais écrire un roman dont l’action se passera trois siècles avant J.-C., car j’éprouve le besoin de sortir du monde moderne, où ma plume s’est trop trempée et qui, d’ailleurs, me fatigue autant a reproduire qu’il me dégoûte à voir (Lettre à Mlle Leroyer de Chantepie, Correspondance, Ill, p. 112.) En effet, il écrit à Mme Schlésinger que, levé dès huit heures du matin, ce qui est un supplice pour lui, il lit et annote dans les bibliothèques du matin au soir.

Au mois de mai 1857, Flaubert est installé à Croisset, Madame Bovary a paru en librairie, il fulmine contre la violence des articles qui lui sont consacrés ; mais le sujet de Salammbô l’attire. Contraint dans Bovary, son lyrisme va reprendre ici son essor. « Je tiens cependant à Carthage, et, coûte que coûte, j’écrirai cette truculente facétie… Je suis en train de lire un mémoire de : 400 pages in-4° sur le Cyprès pyramidal, parce qu’il avait des cyprès dans la cour du temple d’Astarté. » (Lettre a Jules Duplan, voir Correspondance, III, p. 123.)

Jusqu’au mois de septembre 1857, il accumule sa documentation, ébauche plusieurs scénarios, précise ses développements, se documente de nouveau, au fur et à mesure que la science des détails qu’il trouve dans les textes le lui impose. « voilà 53 ouvrages différents sur lesquels j’ai pris des notes depuis le mois de mars ; j’étudie maintenant l’Art militaire, je me livre aux délices de la contrescarpe et du cavalier… Quant au paysage, c’est encore un peu vague ; je ne sens pas encore le côté religieux… » (Lettre à Jules Duplan, voir Correspondance, III, p. 124) Il lit la Bible de Cahen, les Origines d’lsidore, Selden et Braunius, et tant d’autres encore que nous citons dans le paragraphe de la documentation. Il demande au Directeur du Muséum des renseignements sur la flore désertique, et écrit à Feydeau : « Je te f… une flore tunisienne et méditerranéenne très exacte, mon vieux. Mais il faut, auparavant, l’apprendre. » Au mois de septembre, il écrit les quinze premières pages du premier chapitre et il en complète la documentation par des lectures et des notes, dont il ne sort plus. Il doute de son plan, s’effraye de la succession de combats pareils, qu’il va décrire. Plus de 100 volumes sont consultés sur Carthage, sans compter les emprunts faits à Polybe, Eusèbe, Pline, Xénophon, Athénée, Plutarque : « À chaque lecture nouvelle, mille autres surgissent ; je suis, monsieur, dans un dédale ! Ah ! Carthage ! si j’étais sûr de te tenir ! » (Lettre à Jules Duplan, Correspondance, III, p. 137.) Un peu plus tard, il écrit au même : « Je suis présentement échiné par des lectures puniques. Je viens de n’ingurgiter de suite les dix-sept chants de Silius Italicus,