Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/57

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DE LA BASSE-XORJIANDIE

duire les passants à leur perte. Quand la tempête est violente, quand le vent mugit, quand les lames se brisent sur les rochers avec un épouvan- table fracas en lançant dans les airs une pluie d'écume blanche, on entend parfois des cris la- mentables sortir de la mer, des voix qui semblent implorer votre secours. Si l'on se dirige du côté d'où ils paraissent provenir, on les entend tout à coup du côté opposé. Le cœur s'émeut. On met un canot à la mer, on se jette à la nage. La voix vous entraîne de plus en plus au large : l'individu que vous croyez apercevoir, sombre pour re- paraître plus loin... Le mieux pour vous, c'est de regagner la côte, s'il en est temps encore. Le per- sonnage dont vous avez entendu la voix, que vous avez cru apercevoir au dessus des lames, c'est le Moine de Saire, un damné, qui n'a qu'un but, vous entraîner dans l'enfer à sa suite.

Le Moine de Saire n'est pas toujours dans l'eau. On le rencontre aussi sur le rivage, recon- naissable à son froc blanc. Il cause avec vous, il vous défie à la course, mais si vous acceptez, il vous entraîne peu à peu à la mer. Il se fami- Harise même parfois jusqu'à jouer avec vous aux dés, sous un déguisement, dans quelque cabaret

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