Page:Fortier - Louisiana studies, 1894.djvu/204

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Aussitot on était assez grand pou travailler la terre, on soignait les bêtes. Notre popa nous donnait toujours eune tite taure[1] pou commencer et au bout de quéque temps alle[2] avait un veau, ça fait que chacun dans nous autres avait un p’tit commencement pou nous marier.

Nous autres dans la campagne on se mariait jeune. On courtisait les filles et eune fois un garçon avait choisi sa prétendue, la noce tardait pas boucoup. Oh ! mais du Djiab si on s’amusait pas bien mieux qu’à c’t’heure. A eune noce ou eune bal on dansait des rigodonss et c’etait si tentant que les violoniers memes quittaient leur violon et se mettaient à corcobier comme les autres. Ah ! tu peux guetter[3], va, c’etait pas comme a c’t’heure, non. Parlez-moi des autres fois, oui. A present à n’importe qui temps i dansions ; nous autres on dansait jisque quand la saison commençait a frédir, mais par exemple, quand le Mardi[4] Gras tombait un samedi, i avait pas de Catherine, [5] i fallait un bal. Dans les grands chaleurs on avait pas le temps, on travaillait trop boucoup dur la charrue ; i fallait rabourer la terre, renchausser et dechausser l’maïs et l’coton, et pi à la fin de l’été faire des mulons de foin et de paille. J’vous garantis on était souvent mal en position avec le soleil qui vous grillait la caloquinte, [6] les chouboulures, les maringouins, les bêtes rouges et les poux de bois. On avait pas même le temps de charrer[7] un peu, comme disait nainaine[8] Soco.

Sitôt le soleil était couché fallait jongler a boire eune bonne tasse de lait et manger un peu de couche[9] couche et pi aller s’fourrer en bas le bere[10] pou dormir un peu et se lever a la barre du jour. Cré mille miseres i avait des moments on fumait[11] un vilain coton ; surtout quand notre defint popa vivait. Il etait toujours le premier deboute ; i fallait filer raide. Mai povre defint, les Bon Dieu l’a pris, et mouan même je suis après procher[12] côté le curé pou garder ses poules.

  1. Génisse.
  2. Elle.
  3. Tu peux guetter, va : You may say what you please.
  4. Quand le Mardi Gras tombait un samedi : In carnival time.
  5. I avait pas de Catherine : It had to be done.
  6. La tête.
  7. Charrer, to converse.
  8. Marraine
  9. A dish made with com meal.
  10. La moustiquaire.
  11. On fumait un vilain coton, for on filait : We were in an embarrassing situation
  12. Procher coté le curé pou garder ses poules : I shall soon die ; I shall be in the cemetery to take care of the curate’s chickens.