Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/100

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viennent se mettre le gosier en couleur, restaurants où les bourgeois des Batignolles dînent en partie fine. C’est bruyant, mais c’est honnête.

Plus loin, l’avenue bifurque. Une des voies qui se présentent aboutit à la porte de Clichy, l’autre à la porte de Saint-Ouen. Cette dernière passe tout près du cimetière Montmartre et ce voisinage fait qu’elle n’est pas très habitée. Sur l’autre, au contraire, s’embranchent une foule de ruelles, d’impasses et de cités où logent d’innombrables familles de travailleurs et quelques mal-vivants. Ce n’est pas encore dangereux, mais on s’aperçoit déjà que ces populations n’ont rien de commun avec les paisibles citadins des arrondissements du centre.

On n’est pas en pays ennemi ; on est en pays inconnu.

Vigoureux prit le chemin le moins désert, à la grande satisfaction de Courapied, qui ne tenait pas à traverser des solitudes où on rencontre assez souvent des rôdeurs de barrière en quête d’un mauvais coup. Une bande de ces malandrins aurait eu beau jeu contre une femme, un enfant et un homme embarrassé d’un chien qui, certes, ne l’aurait pas défendu, en cas d’attaque, et qui se serait probablement sauvé en emportant la précieuse cassette.

Mais la joie de Courapied n’était pas sans mélange, car il voyait bien que le voyage allait se terminer hors de l’enceinte fortifiée et il savait qu’après la porte de Clichy, il n’y avait plus que des terrains vagues et des bouges.

Vigoureux tirait plus furieusement que jamais, comme tire un cheval qui approche de son écurie. Et Courapied se laissait traîner, quoiqu’il eût bonne envie de s’arrêter.