Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/99

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moi un nom d’homme et retiens-le bien pour t’en servir, si on nous parle.

— Jacques ?… voulez-vous ?

— Autant celui-là qu’un autre, pourvu que tu ne l’oublies pas.

— Oh ! il n’y a pas de danger. Mais j’espère qu’on ne nous dira rien.

— Tu crois donc que, si on me parlait, on s’apercevrait que je suis une femme ? C’est possible, après tout. Je ne peux pas changer ma voix, mais, s’il faut répondre, tu répondras pour moi. Et la preuve que je suis bien déguisée, c’est que les gens que nous rencontrons passent sans me remarquer.

À vrai dire, il n’en passait pas beaucoup. À cette heure avancée, le boulevard Magenta n’est pas très fréquenté. Mais, plus loin, il n’en serait peut-être pas de même, et Georget, qui s’en doutait, redevint silencieux.

Au boulevard extérieur, Vigoureux prit à gauche. C’est le chemin qui mène à la place Pigalle, qui reste animée et fréquentée jusqu’à deux heures du matin.

On pouvait s’attendre là à quelques incidents, et il n’en survint aucun. Les couples attablés devant les cafés de ce rond-point ne se dérangèrent point pour regarder sous le nez mademoiselle Monistrol ni ses auxiliaires.

Le voyage continua donc sans encombre, et arrivé à la place où s’élève la statue du maréchal Moncey, Vigoureux s’engagea dans l’avenue de Clichy, qui aboutit aux fortifications.

Elle n’en finit pas, cette avenue de Clichy, et elle est assez mal fréquentée, le soir surtout. Au commencement, du côté de la place Moncey, ce ne sont que cafés où se rassemblent les artistes du quartier, débits où les ouvriers