Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/107

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éclairée au dedans et même au dehors, car une énorme lanterne se balançait, suspendue au-dessus de l’enseigne. On criait, on se disputait, on chantait à tue-tête des refrains orduriers et la compagnie devait être nombreuse, à en juger par le vacarme qu’elle faisait.

— Est-ce là ? demanda Camille en voyant que Vigoureux s’arrêtait devant la façade du cabaret et levait le nez en l’air pour prendre le vent.

Mais le chien, après avoir flairé pendant quelques secondes, secoua la tête et se remit à traîner Courapied qui répondit :

— Non, mademoiselle. Le père Villard, qui tient la maison, ne loge pas à la nuit. Zig-Zag ne trouverait pas à coucher, ici. J’aime autant ça. Il y a trop de monde dans la cambuse et si nous y entrions, les pochards nous tomberaient dessus.

Et le pitre défroqué ajouta, après un instant de réflexion :

— Ça se pourrait bien, tout de même, que le gueux y soit venu ce soir. Vigoureux l’a senti, car il a marqué l’arrêt.

— Alors, son maître ne doit pas être loin, dit Camille. Avançons.

— Il n’y a plus devant nous que le quartier des Épinettes, et, s’il y est, je m’étonne que le chien ne nous y ait pas menés par la porte de Saint-Ouen. C’est le plus court chemin.

— Il a pris le chemin par lequel Zig-Zag a passé.

— Oui… il le suit à la piste… Nous sommes sûrs de ne pas le manquer, mais… savoir comment ça finira…

Mademoiselle Monistrol ne releva pas cette phrase restrictive, qui ne lui apprenait rien de nouveau, car elle savait