Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/108

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parfaitement que le mari d’Amanda n’était pas tranquille sur l’issue de l’expédition. Mais elle savait aussi qu’il ne l’abandonnerait pas. Et ce n’était plus le moment de discuter les chances de l’entreprise.

Ils continuèrent à cheminer en groupe serré derrière Vigoureux qui se démenait de plus en plus, parce qu’il approchait du but, et ils passèrent devant d’autres ruelles à peine éclairées par quelques réverbères à l’huile.

Un peu plus loin, au bord de la route, se montraient çà et là des baraques faites, les unes avec des planches pourries, les autres avec des moellons volés dans des maisons en démolition ; de vraies huttes de sauvages, construites par des civilisés, car il y en avait deux ou trois pour lesquelles on n’avait employé d’autres matériaux que des boites à sardines, bourrées de terre, empilées avec un certain art et cimentées avec du plâtre.

Il ne paraissait pas qu’elles fussent habitées, car on n’y voyait pas briller la moindre lumière.

Du reste, le chien tirait toujours et, au delà de ces bicoques, on n’apercevait plus que des champs incultes.

— Ah ! çà, dit entre ses dents Courapied, est-ce qu’il va nous mener à Saint-Denis ? Nous y arriverions demain matin.

Tout à coup, Vigoureux fit un bond à gauche, un bond si violent qu’il faillit rompre la corde et après le bond, un crochet qui jeta Courapied hors de la route.

La route, à cet endroit, se trouvait de plain-pied avec les terrains plats qu’elle traversait et elle n’en était séparée que par un fossé, pas beaucoup plus profond qu’un sillon de labourage. Courapied, entraîné pas le chien, franchit ce creux sans presque s’en apercevoir et se trouva dans un champ pierreux où l’herbe poussait à peine.