Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


main que Camille avait vue — s’abattit sur le paquet de billets de banque ; l’autre saisit à la gorge le malheureux inventeur qui, en se débattant, renversa la lampe.

Camille se précipita pour défendre son père, mais le voleur la repoussa d’un coup de pied qui l’envoya rouler sur le parquet.

Elle ne perdit pas courage et elle eut la force de se remettre debout. Mais le salon était plongé maintenant dans une obscurité profonde. Elle entendait des trépignements, des râles et elle ne voyait rien.

Elle se heurta d’abord à la table, et il lui fallut tourner cet obstacle pour saisir le misérable qui tenait Monistrol. Elle essaya de s’accrocher à son vêtement, mais elle ne trouva pas prise. Ses doigts glissèrent sur une étoffe lisse, puis ils rencontrèrent de petites aspérités qu’elle arrachait avec ses ongles, sans parvenir à étreindre l’homme qui lui glissait entre les mains comme une anguille.

Il ne cherchait pas à la frapper ; il ne cherchait qu’à en finir avec Monistrol et à se sauver en emportant l’argent.

Cela ne tarda guère. Monistrol s’affaissa, et, après l’avoir couché par terre, comme un lutteur vaincu, le voleur le lâcha, se releva prestement et s’enfuit.

Son coup était fait. Il tenait les vingt mille francs et il ne songeait plus qu’à s’esquiver, sans se donner la peine d’assommer la jeune fille qu’il croyait être hors d’état de le poursuivre.

Il se trompait. Camille supposait que son père n’était qu’étourdi, car il n’avait pas jeté un cri en tombant ; un homme vigoureux ne meurt pas d’une poussée, si violente qu’elle soit, et le voleur n’avait pas montré d’autres armes que ses poings.