Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/118

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mais, par bonheur, elle trébucha sur le seuil et elle s’arrêta pour reprendre son aplomb avant de reprendre son élan. Ce léger accident lui sauva la vie. Elle sentit un air frais et humide et ses yeux, qui s’étaient accoutumés à l’obscurité, reconnurent qu’il y avait dans le plancher de l’allée une solution de continuité.

Alors elle comprit. Le père et le fils, entraînés par Vigoureux, n’avaient rencontré sous leurs pieds que le vide et ils étaient tombés tous les deux dans une trappe ouverte, tandis que l’horrible chien, qui connaissait ce trou perfide, le franchissait d’un bond, et allait rejoindre ses maîtres cachés dans la maison.

Et les malheureux auxiliaires de Camille avaient dû se tuer dans leur chute, car ils ne criaient plus. Camille prêta l’oreille et elle n’entendit pas un appel au secours, pas même un gémissement. Sans doute, ils étaient morts sur le coup. Et cette affreuse mort avait été préparée par Amanda, qui espérait supprimer en même temps mademoiselle Monistrol.

Une forteresse est protégée par des fossés ; la villa maudite était protégée par un obstacle invisible, une cave profonde et béante, où se jetaient forcément tous ceux qui essayaient d’entrer sans être avertis du danger. Et en appelant son chien, Amanda savait fort bien ce qui allait se passer ; son coup de sifflet équivalait à un assassinat.

Camille fit ces raisonnements en moins de temps qu’il n’en faut pour les écrire ; mais se rendre compte de la situation n’était rien. Il s’agissait de prendre un parti, et de le prendre sur-le-champ, car l’atroce femelle qui venait de se débarrasser, par un crime, de son malheureux mari, n’allait certes pas en rester là. L’occasion était