Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/130

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Acceptez mon bras, mademoiselle, et ne nous attardons pas ici, je vous en conjure.

À ce moment, un aboiement lointain fit tressaillir Camille.

— Le chien ! l’horrible chien ! murmura-t-elle. Ils l’ont lancé sur mes traces… il se jetterait sur vous… partons !

Elle prit le bras que lui offrait son protecteur, qui s’empressa de quitter la place avec elle. Il l’emmena dans la direction qu’elle suivait lorsqu’il l’avait rencontrée, mais un peu plus loin, au lieu de continuer à avancer sur la route de la Révolte, il s’engagea dans un chemin latéral qui ne passait pas trop près des maisons du quartier des Épinettes et qui les conduisit tout droit à la porte de Saint-Ouen.

Ce sauveur pensait à tout, car il avait préalablement ramassé le béret de Camille, et elle s’était recoiffée en marchant, de sorte qu’on pouvait encore la prendre pour un garçon, et qu’elle ne devait plus attirer l’attention des gens qu’ils rencontreraient.

Vigoureux avait cessé d’aboyer, ou du moins on ne l’entendait plus. Mademoiselle Monistrol reprenait peu à peu son sang-froid et ne parvenait pas à se défendre d’un remords en pensant à ses amis. Elle commençait aussi à se préoccuper de ce défenseur providentiel, que le plus étrange des hasards avait amené tout à coup sur le terrain où elle soutenait une lutte inégale.

La nuit était trop sombre pour qu’elle pût voir ses traits, et il lui tardait d’arriver à la barrière où la clarté du gaz lui permettrait d’examiner l’homme à qui elle devait son salut.

Ils avaient marché rapidement, sans échanger une parole, et Camille savait gré à son nouveau compagnon de