Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/140

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— Non, je vous trouve drôle, répondit la brune sans le moindre embarras ; et j’aime les messieurs sans façon. Seulement, vous savez… si vous croyez que vous me reconduirez après le souper, vous vous abusez, mon cher.

— Oh ! madame, vous me prêtez là une arrière-pensée que je n’ai pas, je le jure.

— Tant mieux ! vous seriez volé, mon garçon. Je ne suis pas comme toutes ces mijaurées qui me regardent comme une bête curieuse, et qui viennent ici chercher des hommes.

— C’est sans doute la première fois que vous y mettez les pieds ?

— Oui, et la dernière aussi. Je suis arrivée à Paris ce soir et j’avais faim. Alors, je suis montée ici comme je serais montée ailleurs. Mais demain ce sera fini de rire. On se mettra au travail et on gagnera sa vie honnêtement.

— À quoi ? demanda Fresnay d’un air innocent.

— Vous êtes bien curieux.

— Non ; je m’intéresse à vous, voilà tout. Alors, vous exercez une profession… lucrative.

— Je suis somnambule, répondit la dame en se rengorgeant.

— Somnambule ! répéta Fresnay. Mais ce n’est pas un métier, c’est une maladie. Alors vous vous promenez en dormant, les yeux ouverts ? Est-ce que par hasard, cette nuit, vous seriez…

— Non, mon petit, dit la dame en riant. Je ne dors pas ; je suis même parfaitement éveillée. Et il faut que vous sortiez de votre village pour ignorer qu’une femme peut gagner sa vie quand elle a le sommeil extralucide.

— Ah ! bon, je comprends. Vous dites la bonne aventure.