Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/141

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— Quand on me le demande, je tire les cartes et je lis dans le marc de café. Mais ma spécialité, c’est de prédire l’avenir, de deviner le passé et de retrouver les objets perdus.

— Tout ce qui concerne votre état, alors.

— Oui, et je n’en ai pas encore rencontré une qui me dégote.

— Comme ça se trouve. J’ai toujours eu envie de savoir comment je finirai, et si vous pouviez me l’apprendre…

— C’est pas difficile. Vous finirez dans la peau d’un mauvais sujet. Mais je ne donne pas de consultations au restaurant.

— Alors, donnez-moi… votre adresse.

— Peux pas. Faut d’abord que je m’installe. Et ce n’est pas commode de trouver un bon local.

— Vous logez bien quelque part, en attendant ?

— Il est sûr et certain que je ne coucherai pas à la belle étoile. Mais vous n’avez pas besoin de savoir où.

C’est égal, voilà un petit Bourgogne qui se laisse boire, dit incidemment la soupeuse.

— C’est du Musigny. Dites-moi au moins votre nom.

— Je m’appelle Olga.

— Olga, c’est gentil. Mais Olga quoi ?

— Olga tout court. Faut-il pas que je vous montre mes papiers de famille… mon extrait de naissance et mon acte de mariage !

— Vous êtes donc mariée !

— Qué que ça vous fait ?… Le poulet sauté est tendre, mais il n’y a pas assez de truffes. Vous n’en mangez pas ?

— Non, je n’aime pas les viandes blanches…

— Ni les femmes noires, hein ?

— Au contraire, je les adore, les femmes noires.