Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/142

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— Oh ! vous n’espérez pas me faire croire que vous êtes amoureux de moi. Je vous avertis que je ne la goberais pas, celle-là.

— Permettez ! permettez ! Vous n’êtes pas noire. On vous a dorée avec un rayon de soleil, tout simplement.

— Des fadeurs ! avec moi, ça ne prend pas. Mais, dites donc… vous devez être riche, vous ?

— Je ne connais pas ma fortune. Seulement, ce soir, je n’ai pas le sou.

— Vous avez toujours bien de quoi payer le souper, dit vivement Olga. Ça ne m’amuserait pas de rester en plan.

— Pour qui me prenez-vous ? J’ai en poche plus d’argent qu’il n’en faudra pour régler la note. D’ailleurs, je suis connu dans cet établissement, et on me ferait crédit, si je voulais.

Olga se remit à souper, mais elle y allait de moins bon cœur, et on voyait bien qu’elle craignait d’être tombée sur un farceur qui la planterait là avec la carte à payer ; et cette carte s’annonçait comme ne devant pas être mince, car justement le garçon, qui connaissait les goûts du baron de Fresnay, mettait sur la table la moitié d’un homard, une énorme tranche de pâté de foie gras et une bouteille de Roederer, carte blanche.

Ledit baron, tout en attaquant avec entrain ce menu plantureux, observait du coin de l’œil son invitée qui commençait à l’amuser beaucoup.

Il ne s’étonnait pas qu’elle fût devineresse de son état, car elle avait le physique de l’emploi et, certes, à en juger par sa conversation bigarrée, elle n’était pas sorcière à demi. Il songeait déjà au parti qu’il pourrait tirer d’une si agréable connaissance, et il se disait que madame