Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/143

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de Lugos, par exemple, trouverait charmant d’aller avec lui consulter une somnambule, à laquelle il se réservait de faire préalablement la leçon en lui graissant la patte.

Quant à obtenir des faveurs plus intimes, c’était le moindre de ses soucis. Elle lui plaisait beaucoup moins comme femme que comme diseuse de bonne aventure, et il ne comptait pas insister pour la retenir après le souper.

Encore fallait-il, cependant, se ménager la possibilité de la revoir, et il prit immédiatement ses précautions.

— J’y pense, dit-il tout à coup ; vous ne pouvez pas me donner votre adresse, ou vous ne voulez pas. Mais rien ne m’empêche de vous donner la mienne.

— Allez-y ! répondit Olga en vidant son verre, rubis sur l’ongle. Ça ne m’engage à rien.

Alfred tira de son carnet de poche une carte de visite et la posa sur la nappe, devant sa voisine, qui s’écria, après y avoir jeté les yeux :

— Tiens ! vous êtes baron ! c’est très chic. J’aime les gens comme il faut, moi… et je me flatte que je leur plais. Telle que vous me voyez, mon cher, j’ai souvent fait le grand jeu à des comtesses et à des marquises.

— Je vous en amènerai une quand vous voudrez, et vous pourrez lui prendre très cher. C’est moi qui payerai. Gardez ma carte et écrivez-moi dès que vous serez prête à nous recevoir.

— C’est ça. Et je vous promets que je ne lui dirai pas de mal de vous, mon cher. Ah ! vous avez du vice ! Et moi qui vous prenais d’abord pour un jobard !

— Merci, princesse !

— Oh ! ne vous fâchez pas. On peut se tromper. Et puis, après tout, c’est un compliment que je vous fais. Je