Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/150

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causant avec un monsieur qu’elle ne reconnut pas tout d’abord.

Fresnay s’empressa d’aller au-devant de questions qu’il prévoyait.

— Pardon, madame, dit-il en ôtant son chapeau, votre femme de chambre, qui ne me connaît pas, me refuse l’entrée. J’ai insisté pour être reçu. Ai-je eu tort ?

— Non, répondit la comtesse, après avoir un peu hésité. J’allais sortir, mais, puisque vous avez pris la peine de monter jusqu’ici…

— Oh ! je n’abuserai pas de vos instants.

Olga s’effaça pour laisser passer Alfred, qui se glissa dans l’appartement : un vrai logement de voyageuse, composé de trois pièces qui se commandaient. La première était encombrée de malles monumentales qui n’avaient pas l’air d’avoir beaucoup roulé dans les wagons de bagages, car elles étaient toutes neuves.

— Vous voyez, dit madame de Lugos, je suis à peine installée. Et je ne compte pas faire un long séjour à l’hôtel. C’est pourquoi je n’ai pas encore ouvert mes innombrables colis. Mais j’ai un salon où nous serons beaucoup mieux pour causer. Venez, monsieur.

Puis, s’adressant à sa camériste :

— Je n’y suis pour personne.

Alfred passa avec la comtesse dans ce salon bourgeoisement meublé et prit place auprès d’elle sur un canapé à deux dossiers ; un tête-à-tête, en langage de tapissier. Il avait eu soin de fermer la porte en entrant et Olga, qui était restée avec les malles, ne pouvait pas le gêner.

— J’avoue, dit madame de Lugos, que je ne m’attendais pas à vous revoir. Je pensais que vous n’aviez pas pris au sérieux une conversation à bâtons rompus… sur la terrasse d’un café-concert.