Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/151

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— Alors, vous m’en voulez d’être venu ? demanda vivement Fresnay.

— Non, mais je crains de m’être beaucoup trop avancée en vous promettant de vous recevoir. En qualité d’ami, ce serait très bien. Vous êtes du même monde que moi et, hier, vos joyeux propos m’ont, j’en conviens, beaucoup divertie. Malheureusement, vous autres Français, vous ne savez pas vous contenter de peu et je prévois que vous me demanderez davantage.

— C’est possible. Mais vous serez libre de ne rien m’accorder. Et, en attendant, nous pouvons causer. C’est innocent, la causerie. Qu’avez-vous fait de M. Tergowitz ?

— Peste ! comme vous retenez les noms !

— Et les figures, donc ! Je viens de rencontrer ce seigneur dans votre escalier, et je l’ai reconnu tout de suite.

— Il sort d’ici, en effet. Vous n’y trouvez pas à redire, je suppose ?

— Moi ! J’ai bien des défauts, mais je ne suis pas jaloux.

— Jaloux ! répéta la comtesse en éclatant de rire. Et de quel droit seriez-vous jaloux de moi ?

— Le fait est que ce serait prématuré. D’ailleurs, il est très bien, votre Hongrois et j’espère qu’après le concert il vous a montré quelque coin intéressant du Paris inconnu que vous aspirez à connaître.

— Mon Dieu, non. Il m’a menée prendre une glace au café Napolitain et il m’a quittée avant minuit à la porte de cet hôtel. J’étais lasse et j’avais sommeil.

— Moi pas. J’ai pensé à vous toute la nuit et je me suis couché à cinq heures du matin. Quand je suis amoureux, je ne peux pas dormir.

— Amoureux ! vous ! Avouez donc la vérité. Vous avez passé la nuit à jouer ou à souper.