Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— Mais, monsieur, je vous répète que…

— Vous ferez bien. Il y a, là-bas, de quoi la loger, et deux autres domestiques en plus. J’entends que vous montiez votre maison sur un bon pied. L’hôtel n’a pas d’écurie, mais je me charge de louer pour vous une voiture au mois qui sera aussi bien tenue et aussi bien attelée que n’importe quel équipage de maître.

Ce n’était pas l’aplomb qui manquait à madame de Lugos, mais Alfred en avait encore plus qu’elle, et il avait si bien pris le dessus qu’elle ne savait que lui répondre ni comment mettre un terme à ses hardiesses.

Il ne lui laissa pas le temps de se remettre.

— Je prends des arrhes, dit-il en lui baisant la main jusqu’au coude, et je m’en vais. À demain, chère comtesse. Je rêverai de vous cette nuit.

Et, se levant subitement, il sortit avec tant de vivacité, qu’il faillit renverser Olga qui écoutait à la porte. Il la menaça du doigt et, comme elle le reconduisit jusque dans le corridor, il trouva moyen de lui dire tout bas, en lui glissant un billet de cent francs dans la main :

— Tu vois que je paye bien. Tâche de me servir comme il faut. Tu gagneras plus d’argent qu’à tirer les cartes. Bouche close avec ta maîtresse. Tu sais où je demeure. Viens me voir quand tu voudras, le matin de dix à onze. J’aurai un tas de choses à te demander et je ne marchanderai pas le prix des renseignements que tu m’apporteras.

Olga resta abasourdie et Fresnay descendit quatre à quatre les marches de l’escalier.

Il était enchanté de sa visite et il se disait :

— Enfin ! je vais donc m’amuser un peu. Cette Hongroise est superbe, et elle croit que je la prends pour une vraie