Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/163

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amour sérieux. Et madame Gémozac, sans repousser absolument l’idée d’un mariage avec la très riche héritière de l’inventeur Monistrol, jugeait qu’avant de l’approuver, son devoir était de se renseigner sur cette jeune fille qu’elle connaissait à peine.

Camille était charmante, mais les Gémozac ne savaient presque rien d’elle. Ils ne l’avaient jamais vue avant la mort de son père ; ils ignoraient comment elle avait vécu et ce qu’elle valait, au fond. Les amoureux ne s’inquiètent jamais des détails, mais les mères tiennent à s’informer.

Madame Gémozac n’était venue que pour cela et si elle avait amené son fils, c’est qu’elle se doutait bien qu’il viendrait sans elle et qu’il irait trop loin dès la première entrevue en tête-à-tête. Or, elle n’entendait pas qu’il se déclarât sans son approbation et elle espérait bien l’empêcher de s’embarquer dans une entreprise extravagante pour plaire à une jeune fille exaltée.

En attendant qu’elle pût le chapitrer à loisir, elle commença par détourner la conversation.

— Voilà donc la maison que vous ne voulez pas quitter ! dit-elle. Comment pouvez-vous tenir à un si triste séjour !

— J’y ai toujours vécu, madame, et mon père y est mort, répondit assez sèchement mademoiselle Monistrol.

— Mais ce n’est pas une habitation convenable pour une jeune fille.

— Pourquoi, je-vous prie ?

— Mais… parce que vous y êtes trop isolée. Avez-vous au moins, pour vous servir, cette femme dont vous me parliez hier ?

— Brigitte. Oui, madame. Elle est là. Voulez-vous la voir ? Je vais l’appeler.

— Non, c’est inutile. Montrez-moi plutôt comment vous