Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/175

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


plaine Saint-Denis, en blouse d’apprenti. Je ne crois pas plus que vous, aux coups de foudre. Mais la sympathie peut naître d’une circonstance comme celle qui nous a rapprochés. Je ne songeais pas à vous et vous ne songiez point à moi. Vous êtes seule au monde ; moi, je suis seul aussi. Je m’imagine que nous avons à peu près le même caractère. Il n’en faut pas davantage pour que nous nous entendions, et sans doute il était écrit que nous devions nous trouver un jour face à face.

Mais je m’aperçois que j’ai l’air de vous faire une déclaration. Ce serait tout au moins prématuré, et je vous prie de n’en rien croire.

— Je crois que vous êtes le plus loyal et le plus généreux des hommes, dit mademoiselle Monistrol très émue.

— D’ailleurs, reprit gaiement Georges de Menestreau, si je me permettais de vous adresser une déclaration, ce ne serait que pour le bon motif. Et je ne saurais à qui demander votre main, puisque vous n’avez ni père ni mère, ni tuteur. Je serais obligé, faute de mieux, de m’adresser à M. Gémozac, et ce fabricant serait homme à s’imaginer que je n’en veux qu’à votre fortune.

— Je ne sais s’il vous prêterait des sentiments qui ne sont pas les vôtres, interrompit mademoiselle Monistrol, mais je ne dépends pas de M. Gémozac, et si jamais je me marie, je choisirai moi-même celui que j’épouserai. Pour le choisir, il faudra que je le connaisse bien…

— Et vous ne me connaissez pas du tout. Aussi je ne vous demande, quant à présent, que de me laisser espérer qu’après cette expédition, quel qu’en soit le résultat, nos relations n’en resteront pas là.

— J’en serais très fâchée, dit vivement Camille ; vous serez toujours le bienvenu chez moi. Et, d’ailleurs, comment