Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/20

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sommet du crâne, à se remettre debout par un saut de carpe et à recommencer ainsi une douzaine de fois de suite.

Le sac l’empêchait de se servir de ses mains et c’était en cela que consistait la difficulté de ce pérille exercice, inventé, dit-on, par les Aïssaoua, ces Arabes enragés qui dévorent des scorpions, du verre et des feuilles de cactus épineux.

À sauter ainsi, un honnête homme se romprait le cou ; mais Zig-Zag s’en tirait sans que sa colonne vertébrale en souffrit. Il saluait les spectateurs qui l’applaudissaient avec frénésie, et il paraissait tout prêt à recommencer.

Camille hésita un instant. Ce clown extraordinaire devait avoir plus d’un tour dans son répertoire, et avant la fin de la représentation, il allait sans doute reparaître sous un autre costume qui permettrait de voir son visage et ses doigts. Mais elle n’avait pas de temps à perdre. Monistrol était peut-être blessé, et certainement très inquiet de l’absence prolongée de sa fille. Il tardait à Camille de le rejoindre, et, sans plus réfléchir, elle se leva toute droite et elle cria, en étendant le bras vers le sauteur qui restait immobile pour reprendre haleine :

— Arrêtez-le ! c’est un voleur !…

Il n’en fallut pas davantage pour déchaîner une tempête. Le public, en masse, prit parti pour son artiste préféré et des vociférations partirent de tous les coins de la salle.

— Silence !… À la porte, la traînée !… Faut qu’elle fasse des excuses !… Elle est saoule !… Non, elle est folle !… À Charenton, alors !…

Les plus excités étaient debout et montraient le poing à Camille, qui les regardait du haut de son mépris. Elle