Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/21

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était très pâle, mais elle n’avait pas peur et elle reprit d’une voix claire :

— Je vous dis que cet homme vient de voler vingt mille francs à mon père. Qu’on le fouille et on les trouvera sur lui.

Cette déclaration lui valut une nouvelle averse d’injures.

— Blagueuse, va !… Il n’a pas le sou, ton père, ni toi non plus… Zig-Zag est plus riche que toi… on demande les sergots… ous’qu’est le panier à salade pour ramener Madame à Saint-Lazare !…

Zig-Zag assistait impassible à cette émeute ignoble. Il ne pouvait pas se croiser les bras, puisque ses bras n’étaient pas libres, mais il avait pris une attitude dédaigneuse, il cambrait son torse et il haussait les épaules en ricanant.

Le vacarme s’éleva bientôt à un tel diapason que la fée en jupe courte, qui était restée sur l’estrade, se montra au haut de l’escalier des premières, adressa au clown un signe de tête interrogateur, et disparut aussitôt ; mais ce fut pour reparaître un instant après avec un sergent de ville et lui désigner la femme qui troublait le spectacle.

L’affaire devenait sérieuse et la pauvre Camille comprit, un peu trop tard, qu’elle venait de se mettre dans un très mauvais cas. Elle était sortie de chez son père dans une tenue qui ne prévenait pas en sa faveur et elle se trouvait en passe d’être jetée dehors, peut-être même menée au poste comme une simple drôlesse.

À quelle protection recourir, en cette extrémité ? Ses yeux rencontrèrent ceux du jeune homme qui avait payé pour elle, à l’entrée de la baraque. Il la regardait avec plus de curiosité que de bienveillance, mais il avait une