Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/201

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— Mais c’est absurde… cette pauvre enfant, troublée par la peur, aura mal vu et si elle fonde sur ce détail l’espoir de retrouver le meurtrier, elle n’y parviendra jamais.

— Je le crains et je t’avoue que ça m’est parfaitement égal. Mais Julien n’en dort pas… il en sèche sur pied. Sa mère qui le voit pincé a beau le chapitrer, il va tous les jours au boulevard Voltaire et quand la demoiselle ne le reçoit pas, il passe des heures entières à contempler la maison. Un de ces soirs, il ira jouer de la mandoline sous les fenêtres de sa belle.

Et ce qu’il y a de pis, c’est qu’il a un rival.

— Vraiment ? je croyais que cette jeune fille était sage.

— Oh ! ce doit être un rival pour le bon motif. Elle ne songe qu’à se marier. Et le monsieur qu’elle reçoit est sans doute animé des intentions les plus pures.

— Quoi ! elle reçoit un monsieur !

— Mon Dieu, oui. Et elle le reçoit en cachette. Julien, qui le guette, n’a pas encore pu apercevoir son visage. Il arrive en voiture fermée, et Julien n’a pas encore eu la chance de se trouver là au moment où il débarque. Quand le galant préféré est entré, on ne reçoit pas l’amoureux transi et mon toqué d’ami n’a pas la patience d’attendre que ce monsieur sorte.

Du reste, alors même qu’il le verrait, il n’en serait pas beaucoup plus avancé ; car, vraisemblablement, il ne le connaît pas.

— Qui sait ? murmura la comtesse, pensive.

— Est-ce que ça t’intrigue ?

— Pourquoi pas ? Je suis très curieuse et les problèmes à résoudre m’attirent toujours. Je m’imagine que si j’étais en relations avec mademoiselle Monistrol, je lui donnerais de bons conseils.