Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/202

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— Mais tu ne la rencontreras jamais sur ton chemin. Laisse donc là cette persécutée, et va t’habiller pour venir avec moi faire un tour au Bois. Par ce beau temps, il doit y avoir un monde fou. Et si tu mets ta nouvelle toilette, toutes les femmes en auront la jaunisse.

— Tu tiens absolument à aller au Bois ! demanda la comtesse, en reprenant tout à coup le tutoiement câlin.

— Non… mais on ne peut guère aller que là… et d’ailleurs, si nous dînons à Madrid…

— Il n’est pas l’heure de dîner. Pourquoi n’irions-nous pas en attendant, faire une visite à mademoiselle Monistrol.

— Faire une visite à mademoiselle Monistrol ! répéta Fresnay. Et à quel titre, bon Dieu ! Tu ne la connais pas et elle ignore que tu existes.

— Qu’importe ? répliqua froidement la comtesse. Tu me présenteras.

— Belle recommandation, ma foi ! Je l’ai vue, une seule fois, pendant un quart d’heure, et, si elle ne m’a pas oublié, elle a gardé de moi un très mauvais souvenir, attendu que je l’ai plantée là le soir où on a tué son père. Gémozac m’en a beaucoup voulu et il a dû s’en plaindre à la jeune personne.

— Eh ! bien, ce sera une excellente occasion de lui offrir tes excuses. Je les appuierai et elle te pardonnera.

— Tu es folle. Sous quel diable de prétexte veux-tu que je conduise chez cette fillette la comtesse de Lugos ?

— Et pourquoi n’irais-je pas la voir ? Parce que je suis votre maîtresse ?

— Mais, quand il n’y aurait que cela…

— Fort bien. Alors, vous me considérez comme indigne d’être reçue par une honnête femme ?