Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/204

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— Et-tu m’as amusé aussi sans t’en douter.

— Mon cher, dit la comtesse d’un ton sec, vous n’êtes pas venu ici, je suppose, pour causer en ma présence avec ma femme de chambre, et vous allez me faire le plaisir de me laisser seule avec elle : j’ai besoin de ses soins et je n’ai pas besoin de vous.

— Alors, tu ne veux pas dîner avec moi ?

— Pas plus que vous ne voulez me conduire où j’ai envie d’aller.

Fresnay avait bonne envie de se fâcher, mais madame de Lugos lui plaisait encore beaucoup, et il appartenait à l’espèce très répandue des amants que la contradiction excite. Il ne voulait pas céder, et il ne lui était pas désagréable d’être maltraité.

— Je te répète, ma chère, que ce serait une extravagance, dit-il vivement. Aie tous les caprices que tu voudras, mais pas celui-là.

— Il n’y a que les extravagances qui me divertissent, et je trouve que je n’en fais pas assez. Si vous croyez que c’est gai, ici ! Le dépôt des Omnibus à gauche, les jardins du couvent de l’Assomption à droite ! On doit moins s’embêter, au boulevard Voltaire. Je compte m’en assurer un de ces jours.

— J’espère que tu ne t’aviseras pas d’aller là-bas sans moi.

— Non, je me gênerai, peut-être, dit ironiquement la comtesse qui redevenait faubourienne, au grand amusement d’Alfred.

— Même si je te le défendais ? reprit-il pour la pousser à bout.

— Surtout si vous me le défendez ; on ne me mène pas en laisse comme un toutou, moi.