Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/205

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— Je m’en aperçois. Tu es d’une race qui n’a jamais supporté l’esclavage et je n’ai pas la prétention d’humilier le noble sang qui coule dans tes veines. Mais, moi aussi, je veux être libre.

— À votre aise, mon cher. Maintenant, un peu de place, s. v. p.

Et, après avoir écarté Fresnay d’un revers de main, la descendante des seigneurs magyars saisit le trapèze, s’enleva à la force du poignet, enjamba la barre fixe et, une fois qu’elle y eut pris position, se mit à exécuter les voltiges les plus difficiles et les plus périlleuses.

— Charmant ! dit Alfred, qui riait à se tenir les côtes. Tu devrais débuter au Cirque d’Été.

— Faudrait pas m’en défier, riposta la comtesse en lançant son trapèze à toute volée.

— Ça vaudra mieux que de faire des visites ennuyeuses.

— Rangez-vous, si vous ne voulez pas que la barre vous cogne le museau. Je ne réponds pas de la casse.

— C’est juste. Décidément, tu refuses devenir au Bois ?

— Gare donc ! Si vous restez là, je vais vous abîmer le portrait.

— Diable ! j’y tiens à mon portrait. Et je te tire ma révérence… je reviendrai quand tu seras fatiguée de faire de la gymnastique.

— Je n’y renoncerai que pour faire de l’équitation. Ne revenez qu’avec le cheval que vous m’avez promis.

— Demain, alors, adorable Stépanette. Ne quitte pas ton perchoir. Olga va me reconduire jusqu’à ma voiture.

— Olga ! je te défends de bouger.

Elle faisait triste mine, la pauvre Olga. Elle se sentait en faute et elle ne savait auquel entendre. Elle se décida pourtant à reculer jusque dans le premier compartiment