Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/206

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du salon et, en passant près d’elle, Fresnay put lui jeter ces mots, sans que la comtesse qui se balançait dans les airs les entendît :

— Dix louis pour toi, si tu viens me voir demain dans la matinée. Tu trouveras bien une heure pour t’échapper avant que ta maîtresse soit levée.

La camériste, interloquée, ne dit ni oui ni non, et Fresnay descendit vivement l’escalier.

Un amant d’une autre trempe serait parti navré, et il s’en allait le cœur très gai. Il ne s’était jamais fait illusion sur la noblesse ni sur les sentiments de la soi-disant comtesse de Lugos, et elle se présentait maintenant sous un nouvel aspect qui ne déplaisait pas du tout à ce chercheur de maîtresses excentriques. Le ton canaille qu’elle venait de prendre donnait du piquant à son langage, et le goût qu’elle affichait pour les exercices pratiqués par les saltimbanques ajoutait encore au charme de cette liaison bizarre. N’a pas qui veut une acrobate capable de jouer au besoin les grandes dames.

Quant au projet qu’elle annonçait de se présenter chez mademoiselle Monistrol, Fresnay y attachait peu d’importance, comptant bien que cette lubie passerait vite. Il pensa cependant qu’il ne ferait pas mal d’avertir son ami Julien, afin de le mettre à même de prendre des mesures préventives pour empêcher le vice de violer le domicile de la vertu. Il voulait tâcher de rencontrer Gémozac le plus tôt possible, et il ne tenait pas à dîner au bois de Boulogne.

— Au cercle ! dit-il à son cocher en remontant dans sa victoria.

Le cercle où les deux amis, Alfred et Julien, passaient volontiers quelques heures dans la journée et assez souvent