Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/207

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la nuit, entière, ne comptait pas parmi les plus aristocratiques de Paris ; ce n’était pas non plus un de ces tripots déguisés où on entre comme dans une auberge. On ne s’y montrait pas très difficile pour les admissions ; mais encore fallait-il être présenté régulièrement et subir l’épreuve d’un scrutin pour en faire partie comme membre permanent.

Il est vrai qu’on pouvait aussi y dîner comme invité et y passer la soirée après dîner, c’est-à-dire y rester jusqu’au lendemain matin et même y jouer à tous les jeux.

Tolérance dangereuse s’il en fût, et qu’on ne pratique pas dans les grands clubs. On parlait depuis longtemps de la supprimer ; mais comme il n’en était encore résulté aucune aventure fâcheuse, le comité n’avait pas pris de décision à ce sujet.

Il arrivait même quelquefois que l’invité prenait les cartes avant le dîner et qu’on fermait les yeux sur cette infraction formelle à un règlement déjà trop peu sévère.

C’est pourquoi Fresnay, en entrant dans la salle consacrée au baccarat, fut médiocrement surpris de voir autour de la table de jeu deux ou trois figures nouvelles.

Il n’était pas venu pour passer en revue les pontes. Il cherchait Julien Gémozac, et il ne l’aperçut pas tout d’abord, par l’excellente raison que Julien, qui tenait la banque en ce moment, tournait le dos à la porte du salon.

En revanche, Fresnay n’eut pas plus tôt passé cette porte qu’il fut accosté par un habitué de la partie, un viveur avec lequel il entretenait depuis longtemps des relations superficielles, mais très familières. Leur liaison était de celles qui se nouent aussi aisément qu’elles se dénouent et qui ne se transforment jamais en intimité sérieuse.

Ces amitiés-là foisonnent à Paris. On se rencontre sur