Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/208

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


le boulevard, au cercle, au restaurant, chez les demoiselles à la mode, on se prête même au besoin vingt-cinq louis, mais c’est tout.

On ne va pas l’un chez l’autre, et l’un peut disparaître un beau matin, sans que l’autre s’en inquiète le moins du monde.

— Qu’est-ce qu’on fait à la partie ? demanda Fresnay à ce camarade de plaisirs qui s’appelait Daubrac en un seul mot et qui écrivait son nom avec une apostrophe.

— Rien d’extraordinaire, répondit ce joyeux garçon. Les gros joueurs ne sont pas encore arrivés, et les petits ont été tellement ratissés dans ces derniers temps qu’ils sont un peu écœurés. C’est notre ami Gémozac qui leur taille une banque assez modeste.

— Tiens ! c’est vrai… je l’aperçois maintenant. Gagne-t-il ?

— Je crois que oui, car j’entends geindre les pontes.

— Alors, j’attendrai qu’il ait fini. Je ne veux pas couper sa veine. J’ai pourtant bien besoin de lui parler.

— Demandez-lui donc pourquoi, depuis quelques jours, il a l’air lugubre. Il n’a pourtant pas, que je sache, subi une de ces culottes qui assombrissent l’existence d’un homme. D’ailleurs, il est riche… ou du moins, il le sera… Son père a des millions.

— Il a peut-être des peines de cœur. Ça se passera.

— Ça se passe toujours. Et à propos de femmes, savez-vous, mon cher, que vous exhibez maintenant une rousse qui fait fureur partout où elle se montre ? Personne ne la connaît. Est-il indiscret de vous, demander d’où elle sort ?

— De son pays. C’est une étrangère que j’ai dénichée et que je compte garder pour moi.