Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/218

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mademoiselle Monistrol, dans une expédition qui avait si mal fini.

Le seul espoir qui lui restât, c’était que la jeune fille eût échappé aux assassins embusqués dans la maison rouge et qu’elle eût le courage de revenir avec des agents délivrer ses auxiliaires, pris dans un piège abominable.

Mais cette délivrance hypothétique, pouvait tarder et, en attendant, il fallait vivre.

Pour le moment, les prisonniers n’avaient pas faim, car ils s’étaient amplement rassasiés chez mademoiselle Monistrol. Brigitte leur avait servi un excellent et plantureux dîner, avant qu’ils se missent en route. Mais dans quelques heures, ce repas, qui menaçait d’être le dernier, serait digéré et l’appétit reviendrait. Comment le satisfaire ? Depuis quelque temps, la misère les avait accoutumés à jeûner, mais on ne peut pas jeûner indéfiniment et la mort est au bout d’une abstinence trop prolongée.

Ils souffraient déjà une autre torture que la faim. Vivre dans les ténèbres, c’est mourir à moitié. Et quelles ténèbres ! celles des entrailles de la terre ; la nuit du tombeau, lourde, opaque. Elle les oppressait comme s’ils eussent porté sur leurs épaules le poids de l’édifice en ruines qui pesait sur les voûtes de ce caveau maudit. Et elle aggravait considérablement leur situation, car ils ne pouvaient pas se diriger, faute d’y voir clair, et en marchant à l’aventure, ils couraient grand risque de tomber dans un autre précipice.

Le désespoir prit Courapied. Il se coucha sur le sol et, attirant son fils à lui, il attendit la mort. Ce fut le sommeil qui vint, un sommeil qui ressemblait à une léthargie et que Georget respecta. Il n’avait pas envie de dormir, le