Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/23

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se permet d’insulter les artistes ! grommelait la caissière.

— Elle a trouvé ce qu’elle cherchait. Faut-il que les hommes soient daims ! criait la femme à la baguette.

Le dogue aboyait après Camille et l’enfant habillé en paillasse la regardait de tous ses yeux.

Elle descendit bravement sur la place, et, au bas de l’escalier, elle dit à son protecteur :

— Monsieur, je demeure tout près d’ici, chez mon père, M. Monistrol, et je vous demande en grâce de me reconduire à la maison.

— Monistrol ! s’écria le jeune homme ; Jacques Monistrol, le mécanicien ?

— Oui, monsieur, dit Camille, je suis la fille de M. Monistrol, ingénieur civil. Est-ce que vous le connaissez ?

— Pas encore beaucoup, répondit le jeune homme, mais j’aurai maintenant l’occasion de le voir souvent. Depuis trois jours il est l’associé de mon père.

— Quoi ! vous seriez…

— Julien Gémozac, mademoiselle, et je bénis le hasard qui me met à même de vous être utile.

Camille, étonnée et charmée, regarda plus attentivement son protecteur improvisé et, pour la première fois, depuis qu’elle l’avait rencontré, elle s’aperçut que M. Julien était un charmant cavalier.

Ce fils d’un opulent industriel avait l’air d’un jeune pair d’Angleterre : des traits réguliers, des cheveux blonds bouclant naturellement, de longues moustaches soyeuses, — des moustaches à accrocher les cœurs, — un teint blanc, de grands yeux bleus et une bouche un peu dédaigneuse.

Cette figure aristocratique respirait la franchise et la bonté.

De son côté, Julien admirait la beauté plus sévère de