Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/24

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Camille et se reprochait d’avoir pris un instant pour une aventurière la fille d’un inventeur en passe de s’illustrer et de gagner une grosse fortune.

À vrai dire, l’erreur était excusable, étant données la conduite de mademoiselle Monistrol dans la baraque et la toilette bizarre qu’elle portait.

L’ami qui assistait à cette explication se taisait, mais son sourire railleur disait assez qu’il ne croyait guère à l’innocence d’une jeune personne qui s’échappait du logis paternel pour courir en déshabillé après un saltimbanque.

Le sergent de ville n’avait pas les mêmes raisons pour rester neutre, et il entra en scène assez brutalement.

— C’est pas tout ça, dit-il. Vous avez troublé le spectacle. Il faut me suivre au poste. Vous vous expliquerez avec le brigadier.

— Au poste ! murmura Camille en se serrant contre son défenseur.

Le moment était venu pour Julien d’intervenir carrément. Il était persuadé que Camille ne mentait pas, et il ne pouvait pas abandonner la fille du nouvel associé de son père. Peut-être aurait-il hésité si elle eût été laide, mais pour une femme, la beauté est le meilleur des passeports, et il se sentait tout disposé à pousser l’aventure jusqu’au bout.

— Je réponds de mademoiselle, dit-il.

— Très bien, mais je ne vous connais pas, grommela le sergent de ville.

— Vous connaissez peut-être le nom de mon père… Pierre Gémozac.

— Celui qui a la grande usine du quai de Jemmapes. Un peu que je le connais ! Mon frère y travaille.