Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/230

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— Tu m’agaces à la défendre comme tu le fais. Tais-toi et allume la lanterne. Je veux manger.

— Moi aussi, j’ai faim, murmura Georget, en se baissant pour ramasser le fanal.

Il était revenu sur ses pas et il avait retrouvé sans trop de peine l’endroit ou son père était resté. Ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité.

Quand il eut éclairé la scène, en usant une deuxième allumette, son premier soin fut de mesurer la bougie entamée, de la diviser en huit parties égales, qu’il marqua avec son ongle, et de planter sur la première rayure une grosse épingle qu’il avait trouvée dans la cuisine de Brigitte et piquée sur la manche de sa veste.

— Qu’est-ce qu’il te prend ? demanda Courapied avec humeur.

— C’est pour ne pas en brûler plus qu’il ne faut ; maintenant, si nous ne dépassons pas mes marques, nous sommes sûrs d’avoir de la lumière jusqu’à la fin de la semaine, dit Georget, presque gaiement.

— Elle durera peut-être plus longtemps que nous, répliqua d’un air sombre le mari d’Amanda.

Le gamin s’empressa d’offrir à son père la tranche de jambon la plus appétissante, et ce n’était pas beaucoup dire, car cette viande transatlantique manquait de fraîcheur. Après avoir traversé l’Océan, elle avait sans doute moisi longtemps dans le souterrain et, de plus, elle était tellement salée qu’après quelques bouchées les malheureux qui la mangèrent eurent le palais en feu.

Courapied, pour remédier à cet inconvénient avala une forte lampée de trois-six, qui n’éteignit pas l’incendie.

Georget, mieux avisé, se contenta de se rincer la bouche