Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/231

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avec le liquide alcoolique, et s’en trouva bien. Le jambon passa avec difficulté, mais enfin il passa.

Courapied finit même par y prendre goût et le repas se serait prolongé, si l’épingle en tombant n’eût averti Georget qu’il était temps d’éteindre.

Il le fit, sans sonner le couvre-feu, c’est-à-dire, sans avertir son père, qui exprima sa désapprobation en lâchant quelques jurons que le gamin fit semblant de ne pas entendre.

Mais l’eau-de-vie monta à la tête de Courapied et il se recoucha pour la cuver. Il n’était pas ivre, il n’était qu’étourdi, et c’en était assez pour lui ôter la faculté de penser.

Georget, parfaitement lucide, comprit dès ce premier déjeuner qu’il ne fallait plus compter sur la coopération de son père pour sortir du caveau.

Le vieux saltimbanque avait blanchi dans l’exercice d’un métier qui altère beaucoup, et, après s’être égosillé à faire le boniment sur les tréteaux, il ne manquait jamais d’aller apaiser sa soif au cabaret. Il y avait pris le goût des alcools et, sans être ce qu’on appelle dans ce monde-là un pochard d’habitude, il lui arrivait de s’enivrer plus souvent qu’à son tour et, quand il était ivre, il n’était bon qu’à faire la parade.

L’enfant, qui connaissait ce travers, résolut de se passer de Courapied, et il recommença sans lui à explorer le souterrain. Il s’habitua peu à peu à cheminer dans les ténèbres, en s’appuyant à la muraille, à éviter la galerie qui aboutissait à un précipice et à s’avancer dans l’autre jusqu’à ce qu’il rencontrât le mur.

Malheureusement, ces voyages n’amenèrent aucune découverte qui pût favoriser ses projets d’évasion.

Il lui semblait bien qu’au bout de la galerie murée, il