Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/232

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devait y avoir un trou dans la voûte, car il y sentait un air frais qui ne pouvait venir que d’en haut ; mais il avait beau lever la tête, il n’apercevait pas le jour.

Alors commença pour lui une existence atroce. Courapied dormait sans cesse et ne se réveillait de temps à autre que pour s’alcooliser de plus en plus, et le pauvre Georget, qui ne buvait rien, souffrait horriblement de la soif.

Et le temps s’écoulait sans qu’il pût se rendre compte du nombre des heures qui se succédaient avec une monotonie désespérante. Rien ne les distinguait les unes des autres, puisque dans ces profondeurs, il faisait toujours nuit. L’enfant n’allumait sa lanterne que pour donner à manger à son père, qui ne mangeait presque plus, mais qui, en revanche, savait fort bien, sans lumière, trouver le robinet, remplir le bidon et en verser le contenu dans son gosier.

Ces misères ne pouvaient finir que par la mort, à moins que les contrebandiers ne s’avisassent de venir visiter le souterrain où ils entreposaient leurs marchandises.

Georget pensait que s’ils venaient, ce serait par le puits dont il soupçonnait l’existence et il se traînait encore au fond de la galerie dans l’espoir toujours déçu de les voir apparaître. Ces pénibles voyages ne faisaient que le fatiguer et le décourager davantage.

Enfin, une fois, il eut une joie sur laquelle il ne comptait plus.

Il entendit aboyer un chien.

Georget, retranché du monde depuis si longtemps, se sentit renaître, et il fut aussi étonné que Robinson Crusoë apercevant un pas d’homme sur le sable de son île. Ce bruit annonçait la présence d’un être vivant, et puisque