Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/238

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Il trouva Courapied, assis sur les salaisons, et jurant comme un païen.

— Qu’est-ce que tu m’as mis là-dedans ? vociférait-il en secouant le bidon.

— C’est de l’eau, père. Je te l’ai rapportée et tu peux la boire… moi, j’ai déjà bu.

–Tiens ! v’là ce que j’en fais de ton eau.

Et l’ivrogne jeta le liquide salutaire au nez de son fils, qui avait pris tant de peine pour le recueillir.

— Je veux de l’eau-de-vie, reprit-il. Tourne le robinet.

— Mais, père, il faut te lever. J’ai trouvé un chemin pour sortir d’ici.

— Eh bien ! va-t’en. Je reste près de la barrique et puisque tu ne veux pas me servir, je vas me servir moi-même.

Il étendit le bras, saisit le robinet et pendant que l’alcool coulait à flots, il essaya de remplir son bidon, mais en s’agitant, il fit un faux mouvement qui renversa la lanterne, avec la bougie allumée.

Georget se précipita pour la relever. Il arriva trop tard. La terre, imprégnée de trois-six, prit feu comme un tas de soufre, et la flamme força le courageux enfant à reculer. Il ne fut pas atteint ; mais Courapied, aussi imbibé que le sol, se mit à brûler comme le buisson ardent au milieu duquel Moïse apparut à son peuple.

Le pauvre pitre se tordait, en poussant des cris épouvantables, et son fils essayait vainement de le saisir par ses vêtements qui flambaient. Il y serait peut-être parvenu, mais, par surcroît de malheur, la barrique surchauffée éclata et l’alcool qu’elle contenait se répandit comme un torrent de feu qui engloutit aussitôt Courapied.

Georget, qui avait eu la présence d’esprit de faire un