Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/239

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bond en arrière, reçut des éclaboussures et n’eut que bien juste le temps de se sauver.

Son père était perdu. Les flammes remplissaient le caveau ; les autres barriques allaient sauter aussi ; à quoi eût servi à l’enfant de rester dans ce brasier ? L’instinct de la conservation l’emporta et Georget s’enfuit à toutes jambes, poursuivi par une fumée épaisse qui faillit l’asphyxier.

Il ne commença à respirer qu’après avoir dépassé l’endroit où la galerie bifurquait, et il n’y serait pas resté longtemps sans périr étouffé, car l’incendie augmentait avec une rapidité effrayante, mais il retrouva sa barrique, il sauta dessus et, en levant la tête, il vit non seulement le jour, le plein jour, mais encore des barres de fer qui faisaient saillie dans le mur du tuyau, de véritables échelons, comme on en met dans les puits d’égout pour faciliter aux égoutiers la montée et la descente.

La plus basse de ces barres était bien à un mètre au-dessus de Georget, mais il était souple comme une anguille et leste comme un chevreuil. Il prit son élan, saisit le premier échelon, s’enleva à la force du poignet pour attraper le suivant et continua ainsi jusqu’à ce que ses pieds eussent trouvé un point d’appui.

Le reste n’était plus qu’un jeu pour un garçon qui apprenait la gymnastique depuis l’âge de quatre ans. Seulement, la fumée qui se répandait par tout le souterrain avait gagné le puits et, attirée par l’air extérieur, montait en gros tourbillons qui enveloppaient le malheureux Georget. Il n’y voyait plus clair, quoique le soleil brillât dans un ciel pur. Mais il grimpait toujours et il calculait que cette pénible ascension devait toucher à son terme.